samedi 30 mai 2020

Une photo de Marie s'affiche sur mon écran : elle a les yeux rieurs, quelques plis autour. Le temps a passé. Marie c'était la première personne (et la seule) que j'ai rencontré grâce à mon écriture. C'était dans une autre vie, à l'époque des Skyblog. A l'époque, plus jeune que moi,  j'avais l'impression que quelque part, elle m'admirait. 

Nous n'échangions pas beaucoup, je savais peu de choses sur elle... Seulement ce que les réseaux sociaux me renvoyaient : un fille entourée, avec une bande d'amis, des sourires, des fous rires.  Je crois que j'étais un peu jalouse de ce bonheur - comme je le suis toujours. J'aurais aimé faire partie de cette bande, avoir ma bande, des amis fidèles pour aller me baigner dans la rivière l'été, partir en vacances, faire du camping, croquer la vie à pleine dents. 
Mes tentatives se sont toujours soldées par des échecs, par des disputes, par des ruptures. Je n'étais pas faite pour l'idéal auquel j'aspirais, j'en demandais, j'en demande, trop aux autres. Je voulais une communion totale, parfaite... mais j'étais, je suis, la seule à le vouloir. J'aurais dû renoncer. Je devrais renoncer. Mais vivre n'est pas renoncer. Je ne peux pas me contenter d'une solution médiocre. Je veux vivre, c'est à-dire vibrer, ensemble. Il me faut l'excellence, la synérgie. Et j'ai l'orgueil de croire que c'est ce qu'il nous faut.  Les moments de grâce sont si rares. Peut-être ai-je eu tort d'avoir voulu les provoquer ? mais j'ai au moins la satisfaction d'avoir essayé. 

Le bonheur ne se commande pas, il est. 
Ne reste plus qu'à attendre.

Pendant longtemps ma marque de fabrique, c'était de m'enfoncer dans le malheur. Sans douleur, je ne pouvais pas écrire, les sentiments me semblaient moins profonds, les phrases moins percutantes. Mes mots devaient se nourrir de la douleur, la pétrir, la malaxer pour enfin la transcender. L'écriture était ma compagne. En écrivant, je me sentais moins seule. Je me parlais à moi-même et parfois je trouvais du réconfort dans mes mots.

J'ai bien évolué. Maintenant, j'achète des robes, cela me procure un bonheur éphémère illusoire.
Je n'ai aucune raison de les porter, ce sont des artifices, des faux-semblants pour cacher derrière un mur de couleurs la banalité de la vie, sa monotonie, et quelque part, sa vanité. 

***

Se contenter d'essayer ? A tous les sens du terme.





vendredi 20 mars 2020

La maladie se propage...  
Après l'effervescence du supermarché, le bonheur des jours oisifs voici venu le néant des journées enfermée. 

Au départ, il a fallu apprendre à faire cours à distance. Apprendre à gérer les messages angoissés des élèves. Apprendre à supporter le flux ininterrompu de messages des collègues sur Whatsapp. Jongler entre les mails, Pronote, Whatsapp, le téléphone... Les premiers jours passent vite : je reçois plein de messages, les gens appellent (étant donné les circonstances, ils ont oublié mon anniversaire), je me suis résolue à faire du sport (une heure de vélo et des abdos), je lis, je suis motivée... et plus les jours passent, plus je me sens oppressée : trop de messages, pas assez d'air  Je me réjouis des choses les plus communes : aller chercher le courrier ou jeter les poubelles, allumer une bougie au parfum estival.

Je cherche un moyen de m'échapper, de dépasser les limites de mon appartement. Les nouvelles se font de moins en moins rassurantes, je m'en veux de profiter, de me réjouir, de me croire un peu en vacances. Je commence à m'interroger sur mes cours : est-ce que j'en fais assez ? Ne devrais-je pas en faire plus ? 

Un mail de la principale arrive fort à propos, nous demandant si nous souhaitons être volontaires pour garder les enfants de soignants (et autres professions indispensables). Je prends la conversation en cours, la plupart de mes collègues ont déjà répondu qu"ils ne se portaient pas volontaires. Je trouve leurs réponses très abruptes. Je m'interroge longuement sur la réponse à donner. Je n'ose dire oui car les conditions sont trop floues et que je ne veux pas m'engager sans savoir dans quoi. Mais d'un autre côté, les soignants se battent pour nous et ne se posent pas de questions, nous leur devons bien ça... Je ne sais que répondre, le dilemme me torture. 

Nicolas me presse : nous devions sortir et il est déjà 16 heures. Je m'efforce de me mettre en route. Il fait beau, le soleil bat son plein. Munis de notre autorisation de sortie, nous goutons à la liberté avec un petit sentiment de culpabilité. Nous pensons à ce printemps perdu et nous émerveillons des choses les plus banales : poster une lettre, retirer un colis ou acheter du liquide vaiselle. Tout prend une dimension exceptionnelle.  Nous croisons quelques personnes mais nous écartons sur leur passage. Les "bonjour" et les sourires doivent être arrachés des bouches. La situation est grave. Impression d'être étrangers au monde, d'avancer dans un autre univers.  
D'habitude, les sorties en ville sont plus que rapides, on ne veut pas perdre de temps et on se dépêche de rentrer à la maision pour faire tout ce qui doit être fait. Cette fois-ci j'aurais aimé que la sortie s'éternise et que le printemps ne finisse jamais.

Après la balade, mes idées sont un peu plus claires alors je réponds que j'aimerais avoir plus de précisions avant de me prononcer. Quelques collègues finissent par  répondre qu'ils se portent volontaires et cela me fait chaud au coeur. Je réfléchis sur les intentions des uns et des autres : volonté de se protéger ou de protéger leur famille, envie de profiter de cette parenthèse pour faire tout ce qu'ils n'ont pas le temps de faire le reste du temps... Aucune réponse ne me satisfait et au fond de moi demeure cette interrogation : comment peut-on être aussi égoiste ? Les blagues des uns et des autres me sont d'autant plus pénibles à supporter.

Les vidéos et les articles pleuvent. Tous les médias, toutes les conversations, toutes les pensées sont tournées vers une seule chose. Si je regarde un film, je me dis : "ils se font la bise, nous n'avons plus le droit", une pub "tiens, ils sont dehors et nous sommes enfermés". Absolument tout nous ramène au corona. On ne parle que de ça, on ne pense qu'à ça, tout en ne sachant rien... si bien qu"il devient difficile de s'échapper... de dédramatiser... et même de respirer. 





lundi 16 mars 2020

Une nouvelle menace pèse sur la planète. On la regarde de loin, on ne prend pas la chose au sérieu. On se moque des Chinois qui construisent un hôpital en moins de dix jours. On s'interroge sur les retombées économiques pour Samsung et pour le prochain Iphone. On se croit intouchables. On évoque les autres épidémies : le SRAS, la vache folle... On relativise : "ca va, il tue beaucoup moins que la grippe ce virus". 
Et puis, le virus se rapproche. Il est en Italie. On se pose la question des élèves italiens qui ont passé les vacances à l'étranger. On fait la rentrée. Lundi, rien. Mardi, on leur demande de rester chez eux... Mercredi cette mesure est annulée. Les élèves viennent, on ne sait pas trop. On plaisante : faut-il se faire la bise ? Allez, on la fait quand même ! On n'a pas peur puisqu'on est jeunes et qu'on a peu de risque de l'attraper. Vendredi, on pense à autre chose. On quitte une formation car on a vraiment trop mal au ventre. On revient à la maison après avoir vomi dans les toilettes du collège. On se tord de douleur, on n'arrive pas à dormir même si on est KO. On est vraiment mal en point. Et samedi, on savoure la joie d'être en vie et de pouvoir sortir même s'il y a du vent. On va manger des huitres avec Laura et son copain à Istres. Il n'y a presque personne, dix fois moins de gens que l'an dernier. Les gens ont-ils peur du virus ? Que se passe-t-il ?

Les cas se multiplient. On continue notre vie. On va au collège, en formation à Aix, au CA à Miramas, à Avignon pour une nouvelle formation. On passe voir ses grand-parents et on espère ne pas être atteint. On se pose la question, on regrette un peu d'être venu mais en même temps... les occasions sont si rares. Le soir, on va voir des amies, on refait la bise. Ca fait du bien de parler, ça faisait longtemps. On parle du virus, de son impact sur nos vies (Maison du monde a fermé ses magasins en Italie). Jeudi, on va voir une expo à Salon. Une touriste italienne marche sur le pied de Nicolas et s'excuse en italien. Ca nous fait beaucoup moins rire. J'ai un peu mal à la gorge, suis-je malade ? Je deviens hypocondriaque. Je vais à l'aquagym, ça me fait du bien. Vendredi je suis encore en formation à Aix. L'après-midi, on nous demande de nous installer dans un minuscule bureau pour observer une expérience scientifique : personne n'ose s'opposer. Quelqu'un remarque que pour éviter la contamination ce n'est pas top. La formatrice répond que c'est déjà trop tard. 

La veille Macron avait fait une intervention télévisée : il évoquait le fermeture des écoles à partir du lundi 16 mars tout en maintenant le premier tour des élections municipales. Face à ces mesures contradictoires, nous nous interrogions. On a passé tout le week-end à attendre, essayant de savoir si on irait au collège, si on ferait les conseils de classe... On a écouté le discours de Blanquer qui mentait ouvertement aux Français leur disant que le système était prêt pour faire cours à distance... On a attendu. 

 On apprend à rester confiné chez nous, on cède même à la panique : on va faire des courses alors que les placards et le frigo sont pleins. On se décourage devant le Leclerc bondé, plein de gens qui ne respectent pas les préconisations. On participe à un conseil de classe en visioconférence. Et ce soir, lundi, on a appris qu'on était en temps de guerre. Alors oui, forcément on a peur. On se demande comment ça va se passer si...? 

Et il faut accepter de ne pas savoir.

samedi 15 février 2020

"Je mets un tableau sur un mur. Ensuite, j'oublie qu'il y a un mur. Je ne sais plus ce qu'il y a derrière ce mur, je ne sais plus qu'il y a un mur, je ne sais plus que ce mur est un mur, je ne sais plus ce que c'est qu'un mur. Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs, et que s'il y avait pas de murs, il n'y aurait pas d'appartement. Le mur n'est plus ce qui délimite et définit le lieu où je vis, ce qui le sépare des autres lieux où les autres vivent, il n'est plus qu'un support pour le tableau. Mais j'oublie aussi le tableau, je ne le regarde plus, je ne sais plus le regarder. J'ai mis le tableau sur le mur pour oublier qu'il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j'oublie aussi le tableau. Il y a des tableaux parce qu'il y a des murs et l'on a rien trouvé de mieux pour ça que les tableaux. Ou alors il faudrait changer continuellement, soit de mur, soit de tableau, mettre sans cesse d'autres tableaux sur les murs, ou tout le temps changer le tableau de mur.
On pourrait écrire sur ces murs ( comme on écrit parfois sur les façades des maisons, sur les palissades des chantiers, sur les murailles des prisons), mais on ne le fait que très rarement."
Georges Perec, Espèces d'espaces (1974).


lundi 3 février 2020

Je crois que je m'étais un peu perdue et que je me suis un peu retrouvée.

Le monde va tellement vite que la question n'est plus de savoir si l'on va bien ou mal mais d'arriver à déterminer si l'on est encore soi.

Je n'écris plus et pourtant il faudrait écrire davantage, noter quelque part ce mélange de joies et de peines qui font la vie d'aujourd'hui afin de ne pas la laisser sombrer totalement dans l'oubli. 
Temps partiel, grêve, retraites, muffins, sorties cinéma, théâtre, rhume, bavardages, anniversaire, vieillesse, café, salades, amies, trop, pas assez, jamais satisfaite...

2020, je n'ai encore rien publié cette année. Je n'ai pas le temps, pas l'envie, pas le besoin. Et pourtant... Moins j'écris et plus je me perds. Aujourd'hui, j'ai ressenti ce gouffre qui s'est créé peu à peu entre moi et moi-même, entre ce que j'étais et ce que je suis devenue, entre ce que j'ai acquis et ce que j'ai perdu.

La vérité est que je n'ai plus le temps de me retrouver ou alors est-ce une excuse ? En tout cas, je n'arrive pas à entrer dans cet état de lucidité transcendentale (sortons les grands mots) qui permet l'écriture. 
Je ne suis jamais seule et jamais libre : mes pensées voguent toujours de l'une à l'autre des mille choses à faire (concevoir des cours de latin, corriger des copies, me cultiver sur la civilisation greco-romaine, sur les films de collège au cinéma,  m'interroger sur les élèves collées à cause de l'option équitation, acheter des habits en solde et les renvoyer, réfléchir à ce qu'on mange à midi, jouer à des jeux, lire des livres, caresser Tigrou, partager mes pensées ou regarder un film...). 

J'ai beaucoup évolué : j'ai été titularisée, j'ai perdu 20 kilos, je commence à m'en sortir en tant que prof, je suis dans une relation stable et je suis Pacsée. Tout va pour le mieux, je veux donner l'image d'une femme qui avance, qui fait du sport, qui lit des livres, qui se cultive et qui ne se laisse pas abattre. Quelqu'un de positif et de compétent qui a laissé les problèmes derrière, qui a tourné la page. L'illusion a si bien fonctionné que je ne m'estime plus en droit d'évoquer mes problèmes devant mes amies. 
Mais ce n'est pas pour autant que l'image parfaite qui leur est renvoyée est la réalité. La vérité, c'est que parfois ça ne va pas et que je ne peux plus le dire. Mes malheurs sont dérisoires et je n'ai plus personne à qui les confier. Personne n'a envie de les entendre, personne n'a envie de m'écouter Alors je me tais. J'attends que ça passe. Et même moi, je ne m'écoute plus. Mais parfois, je réalie que je suis fatiguée. Et ces derniers jours à cause de plein de petites choses qui s'ajoutent, je ne vais pas très bien. Ce n'est pas grave. Il y a des hauts et des bas et demain, peut-être que tout ira mieux. 

En attendant, je voualais juste dire qu'on ne tire pas un trait aussi facilement sur qui on était et aujourd'hui, je me suis souvenue que j'avais aussi le droit de pleurer. Et que ce n'était pas grave s'il n'y avait personne pour m'écouter.

Voilà une vérité fondamentale. 

Et justement,  peut-être que c'est en abolissant tout dialogue avec autrui que je peux renouer le lien qui m'unissait à la feuille de papier. 







dimanche 3 novembre 2019

La Turquie : mélange de couleurs, de saveurs, de souvenirs.
Une expérience enrichissante et dépaysante.
Un voyage géographique et intérieur.

Des situations qui font relativiser.
Un retour exaltant et chaleureux.
Il est temps de vivre sans se gâcher la vie.

Essayer de laisser l'amour nous traverser, comme dans le livre Soufi, mon amour d'Elie Shafak.
Essayer de positiver avec le chant du coq de Cocorico !

Il est temps de passer un cap.
De vivre en étant toujours un peu en vacances.


Et même si on n'a pas le temps.


vendredi 18 octobre 2019

Mal au coeur d'entendre au loin l'écho des mots vengeurs, assassins. Ceux contre lesquels on ne peut pas se défendre et qu'il vaut mieux ignorer.

Deçue des Autres, de ceux qui se veulent Adultes et Humanistes.

Qu'il est difficile de se frayer un chemin dans le monde et de trouver sa voie.
Se résigner à avancer sans regarder sur le côté. Porter des oeillères.
Tout ignorer.

jeudi 26 septembre 2019

Retrouver le gout des saveurs perdues, des choses oubliées.
Prendre le temps de le perdre pour mieux le gagner.

mardi 24 septembre 2019

Déprimante soirée d'automne... J'ai du mal avec l'invariable.

Envie de rien. Le temps passe. Quotidien gris, morose. Ennui.
Ma vie manque de poésie, d'exaltation. C'est le quotidien.
Je n'ai pas le temps de commencer ce que je veux.
On ne l''a jamais, le temps. Il faut toujours faire autre chose.
Préparer des cours, corriger des copies, penser à demain.
Quand profiter du moment présent ?

Essouflée. On n'est pourtant qu'au milieu de la course.
Je regarde partout autour de moi. Je cherche en vain, pas de magie.
Rien qui enchante le quotidien.

Comment font les gens pour se satisfaire de leur train-train ?
De cette sucession interminable de jours et de nuits toujours semblables.
Manque d'objectifs, de projets à ma portée.
Quelque chose qui me fasse vibrer est tout ce qu'il me manque pour sortir de la grisaille.

***

Ecrire, et pour mieux le faire, toujours supprimer.

samedi 7 septembre 2019

C'est comme si la sérénité, le calme et la tranquilité avaient disparu de ma vie et que je les redécouvraient à présent. 


Je suis si rarement seule. 
Je ne prends plus le temps de ne rien faire, d'écouter le silence. 

Il y a toujours tant de choses à faire, tant de gens à voir, d'objectifs à atteindre, de pays à visiter, de fringues à vendre, de cours à préparer, de kilos à perdre...

Je suis emportée par le rythme effréné du monde, mes journées s'enchaînent à toute vitesse, je n'ai plus le temps de rêver. 

Jusqu'à présent, je ne le voyais pas mais en faisant un pas de côté, j'ai jeté un regard plein de lucidité sur ce passé débridé.
J'ai l'impression de m'être perdue quelque part, de pas avoir pris assez le temps d'écouter ce qui était au fond de moi : j'étais trop prise par les cours, par le voyage, par le latin, par l'attente pleine d'appréhension de cette rentrée, par le fait de vivre à deux aussi. 

Trop de voix résonnaient en moi, la mienne s'était tue. Et je peux dire maintenant qu'elle m'avait manquée. 







lundi 1 avril 2019

Je ne suis pas venue ici depuis si longtemps.

Je n'ai plus le temps de rêver.
Il faut être pragmatique, se contenter d'avancer. 
Pas le temps de flâner, de se retrouver. 
Nul détour n'est permis à l'âme débordée.

Et quand enfin le rythme effrené du monde daigne ralentir, l'âme érintée qui n'a pas eu le temps de vivre, s'arrête, épuisée. 

***

"Heureux l’écrivain qui, laissant de côté les caractères incolores, impatients, fâcheux, répugnants, aborde ceux qui sont marqués au coin d’une haute distinction ; l’écrivain qui, dans le vaste cloaque des tristes agglomérations humaines, a fait son choix et s’est attaché à quelques exceptions honorables pour notre nature ; qui pas une seule fois n’a humilié les nobles tons de sa lyre ; jamais n’a prostitué ses mélodies aux gens de néant quoi qu’ils fussent ; et qui enfin, ne s’abaissant jamais jusqu’aux réalités trop terrestres de cette vie, s’élance libre et radieux vers les régions éthérées de son idéal poétique ! Là, son sort est doublement enviable ; au milieu des mille riantes images de sa fantaisie, il est tout en famille, et cependant retentit haut et loin dans le monde sa brillante renommée. Il a ménagé et caressé la vanité des hommes en voilant tous les points humiliants et sombres de l’humanité ; et, mettant en lumière ce qu’elle offre de beau et de vraiment noble, il les a fascinés du regard, cuivrés des pénétrants parfums de la louange. Aussi tous battent des mains et suivent enthousiasmés son char de triomphe : plusieurs le proclament grand poète, esprit universel et génie transcendant, dont le vol sublime s’élève au-dessus de tous les autres, comme l’aigle plane au-dessus des oiseaux les mieux doués. À son nom seul, les jeunes cœurs palpitent, et les douces formes de l’admiration brillent dans tous les regards. « Quelle délicatesse et quelle énergie ! » s’écrie-t-on à l’envi.
Tel n’est point, à beaucoup près, le partage du malencontreux écrivain qui ose, dans ses peintures, présenter le fidèle miroir de tout ce qui choque partout les regards dans la réalité sociale. Hélas ! pourquoi ses yeux ne peuvent-ils voir indifféremment toute cette vase mouvante des petites misères et des hontes où plonge forcément notre vie, tout cet abîme de caractères vulgaires, froids, effacés, brisés, qui grouillent ici sous chacun de nos pas ? pourquoi, sculpteur forcené, s’avise-t-il, contre toute prudence, de représenter en reliefs impudemment vrais et saisissants les objets qui obsèdent la vue ? Celui-là ne doit point compter sur les applaudissements de son pays ; il ne verra ni les larmes de gratitude, ni le transport unanime des âmes qu’irrite son œuvre ingrate ; il ne verra point accourir à sa rencontre la vierge de seize ans au sein agité, au regard brillant d’enthousiasme ; ce n’est pas lui qui, s’oubliera éperdu dans l’enchantement des accents mêmes de sa lyre. Il ne saurait échapper au jugement contemporain, à cette cour de justice sans mission justifiable, sans âme, sans conscience, qui qualifie de basses et de misérables les œuvres qu’elle goûte et savoure le plus en secret, mais qu’elle range avec un dégoût qu’elle affecte, au nombre des écrits outrageants pour l’humanité ; qui surtout prête sans vergogne à l’auteur des qualités particulières au genre de héros qu’il décrit, en lui niant à lui, et le cœur et l’âme, et le feu divin du talent qui est sa vie.
En effet, l’équité contemporaine ne reconnaît pas que, verres pour verres, ceux qui trahissent les mœurs et les mouvements de l’insecte insensible et ceux qui font découvrir les parties reculées du firmament méritent une égale estime ; l’équité contemporaine semble ignorer qu’il faut avoir de l’âme, et beaucoup, pour porter la lumière sur des tableaux qui sont le reflet exact d’une vie stigmatisée par l’opinion, et leur donner tout l’attrait des perles fines ; l’équité contemporaine ne reconnaît pas qu’un franc et noble éclat de rire peut n’avoir pas moins de prix et de dignité qu’un beau mouvement lyrique, et qu’il y a des abîmes entre ce grand et beau rire, et les contorsions du paillasse de la foire. Non, l’équité contemporaine ne connaît rien de tout cela ; elle n’a que des paroles de reproche et d’outrage pour l’écrivain sincère, qu’elle feint de méconnaître ; l’infortuné reste isolé au milieu de la route, privé de toute sympathie, comme le pèlerin parti seul sans autre ressource que son indomptable courage. Que de longues heures d’angoisses dans sa marche ! et qu’il est amer, parfois, le sentiment de son isolement volontaire !
Quant à moi, je le sais, l’arrêt est porté d’avance, et d’avance je suis condamné à cheminer bras dessus bras dessous avec mes étranges héros, à regarder face à face une vie de charge et de fardeau, à l’envisager avec un rire patent et communicatif ; avec des pleurs latents, ignorés ou incompris ! Et qu’il est encore loin le temps où, semblable à une source jaillissante, l’inspiration s’élèvera en orageux tourbillonnement d’une tête que ceindra une terreur pieuse sous les sillonnements d’éclairs rapides ; enfin, où l’on pressentira avec des frissonnements d’inquiétude le majestueux tonnerre que devra faire éclater un tout langage…
Mais via ! via !… en route ! Loin de moi ce pli qui est venu creuser mon front, cette ombre austère qui a passé sur mes yeux ! Élançons-nous sans plus délibérer, tête première, dans cette vie de craquements sourds et de grelots tintants. Voyons ce que fait Tchitchikof."

Gogol, Les Âmes mortes, chapitre VII


***

Les Âmes mortes... Ce titre m'a toujours fascinée. Lorsque j'étais adolescente j'y voyais comme un reflet de ma condition. Je me reconnaissais comme une âme morte, une âme grise, une âme errante. Je souffrais et imaginer, que derrière ce titre se cachaient de sombres destins, des vies fauchées et une montagne de douleur, me rassurait. Je n'étais pas seule. 
Mais  un détail m'a longtemps tenue éloignée de ce roman. Si le titre me fascinait, le nom de l'auteur, lui, me rebutait. Gogol... Comment pouvait-on se nommer ainsi ? Comment pouvait-on écrire des choses graves avec un nom pareil ? Je ne voulais sous aucun prétexte voir figurer de  "Gogol" ou autre "Bouffon" dans ma bibliothèque. Ainsi, sans le vouloir, l'auteur m'a tenu à distance de son roman. Ce n'est que bien plus tard, lorsque j'ai découvert que Pouchkine considérait que  "toute la littérature russe était sortie du Manteau de Gogol", que j'ai pu me réconcilier avec l'auteur des Ames mortes. (beaucoup trop de "que" dans cette phrase, style lourd)
Alors bien sûr, je n'ai pas trouvé dans les Âmes mortes ce que j'y cherchais plus jeune. Quand on fantasme le titre d'un livre, on est souvent surpris de voir que ce qui existe entre les pages et bien différent de ce que l'on avait imaginé dans notre esprit. Peu importe, pour l'instant, le roman vaut le détour et je me félicite d'avoir attendu aussi longtemps avant de me plonger dans la littérature russe. Quel bonheur de pouvoir encore découvrir des chef-d'oeuvres. 



jeudi 24 janvier 2019

Rêver sur des mots, voilà tout

Beaucoup d'idées dans ma tête, si peu de mots sur le papier.
Comme une bande-annonce d'un livre à écrire.

***

L'histoire de l 'impossible rencontre entre la Fleur du Nord et le Roi des Mers.
(Une idylle à mi-chemin entre Tolkien et la littérature russe.)

Le vent, le froid, la peur, la tempête, les difficultés, la pluie qui tombe drue, les cris, les voiles qui se déchirent et la nuit qui ne se termine jamais, l'eau que l'on avale de travers, les vagues, leur remou incessant, le ciel, la mer, les planches auxquelles on essaie  vainement de se raccrocher, le vent, le froid, la peur et le silence. 

Ailleurs, au pays de la chaleur et de la volupté, :  comédies, mensonges et simagrées. 

Se battre contre les éléments, lutter contre Hommes. Deux logiques, deux destinées.


***

Certaines histoires nécessitent un souffle épique que je ne peux employer. 
Je refuse les artifices, j'essaie d'éviter les clichés et pour moi, l'exagération est ce qu'il y a de pire. 

Je voudrais écrire subtilement : retranscrire la couleur des étoffes, la douceur du vent qui les agite, la mélopée qui s'échappe d'une fenêtre en contre-bas et la sensation de mal-être que l'on éprouve alors que tout devrait aller bien et qu'on n'a qu'à tendre la main pour saisir un beau fruit frais et juteux un soir d'été alors que les lumières tombent sur l'horizon. Je voudrais pouvoir dire la solitude que l'on ressent même dans le plus luxueux des palais, le contact froid des bijoux dorés et les odeurs épicées. J'aimerais décrire la pulsation d'un coeur qui s'apprête à combattre, la forme d'un brin d'herbe courbé par une goutte de rosée mais il est impossible de décrire fidèlement le battement d'un cil et le lent périple des nuages. 


Songer à relire Martin Eden

***

Ne pas oublier de se satisfaire.
S'exclamer, se réjouir (intérieurement) :
J'ai accompli ma seule tâche spirituelle !


Mais sentir sa gorge se serrer : 
Je n'ai jamais lu Mallarmé !

Entendre une voie répondre : 
Ni Byron, ni Schiller, ni Ridchardson !
Et tous ces Russes...
N'y pensons même pas.

Impression constante d'être en retard sur la vie. 
Le bonheur est de courte durée.

mercredi 16 janvier 2019

Je ne serai pas apaisée tant que je n'aurais pas déversé toute ma rage.
A quoi bon ? Qui comprend ? Qui a envie d'écouter ?
De toute façon, rien ne changera.

Seule solution à mon problème :
Fuir le monde, s'échapper.
Balancer un bon gros FUCK au monde entier.

Mais il est difficile de passer à autre chose.
Aujourd'hui est particulièrement difficile. Et demain sera pire.
Pas de répis pour les gens consciencieux.

Mettre les voiles. Prendre le large.
Larguer les amarres.
Foutre le camp.

S'extraire du monde suite à un excès de réalité.

Dire Bye Bye mais penser Allez bien vous faire foutre.

Soupirer.
Maintenant tout va mieux.

jeudi 20 décembre 2018

J'écartelle la nuit pour laisser plus de lattitude au jour.

mercredi 19 décembre 2018

Tout était là, il suffisait de s'en souvenir et on a tout oublié.

Retrouver des lambeaux de mémoire, des fragments du passé recouverts de toile d'araignée et les dépoussiérer.


Quel bonheur de redécouvrir des pans de beauté,
comme un bol d'oxygène dans ce monde congestionné.

https://www.youtube.com/watch?v=ws2bXkRPueU


lundi 10 décembre 2018

De ce que l'on modifie et qui doit rester inchangé

L'autre jour, une âme bien intentionnée s'est proposé de relire mon blog et de "prendre des notes". Je n'avais rien contre cette proposition et étais même assez curieuse de voir ce qu'il ressortirait de cette entreprise.

Au début, je fus assez surprise de retrouver des mots que j'avais oubliés, que je ne savais plus avoir écrits... mais je fus assez déçue quand je vis que les notes ne consistaient en réalité, le commentateur s'étant débrouillé pour effacer toutes les séparations, qu'en de vagues citations, dépossédées de leur contexte mais triées thématiquement. Plus de date précise, seulement une évocation de l'année. Je me suis sentie comme dépossédée : de quel droit s'appropriait-on mes mots, mes phrases pour en faire une sorte de globiboulga, où, même trié, tout était mélangé ? Où tout semblait fade. La vie, c'est la succession des hauts et des bas, du chaud et du froid, des jours et des nuits. Présenter la lumière sans faire gouter les ténèbres déshumanise l'existence.

Bref, je ne m'y retrouvais plus, ma bonne âme ne m'avait pas comprise et moi, je me découvrais : possessive, argneuse comme une mère corbeau qui protège ses petits. En une fraction de seconde, ma patience s'est envolée. Plutôt que de remercier ma bonne âme, je me suis acharnée sur elle, déversant un torrent de paroles virtuelles pour expliquer au mieux l'affront qui m'avait été fait. 

 On ne touche pas les oeuvres d'un auteur, on ne doit rien y ajouter, rien y enlever. Tant que l'auteur est vivant, c'est à lui de faire son oeuvre, de la toucher, de la modeler, de la travailler. Sa vie toute entière doit y être consacrée et personne n'a le droit de s'octroyer le fruit de son travail, de le modifier et d'en changer ne serait-ce qu'une virgule. On peut conseiller, donner son avis, critiquer mais là s'arrête la tâche du critique, du commentateur.

Peut-être tous les auteurs ne réagissent-ils pas ainsi, peut-être certains s'enrichissent-ils du brassage de leurs mots par d'autres ? Moi, pas. J'ai eu peur car j'ai vu mes mots s'échapper, fuir en courant, me glisser des doigts. J'aime qu'ils restent près de moi, confidentiels, et qu'ils résonnent, autant que faire se peut, dans le silence. 
Prendre le temps parfois
D'écouter l'indolent murmure
Des oiseaux de passage


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Et puis, il y a cette fille qui dort sur des draps si doux, recouverts de fleurs imprimées, d'arabesques. Ses cheveux si bien rangés reposent sur l'oreiller. Près d'elle, un chat qui se fond dans le décor aux couleurs fanées comme celle d'une vieille carte abimée par le temps. Un coucher qui a un parfum de voyage. Où la mènent ses rêves ? Bien loin d'ici, ailleurs... ("trop tard, jamais peut-être".) Quelque part à mi-chemin entre l'extase et la sérénité.



Le temps est à l'âge ce que la sérénité est au repos ?



vendredi 7 décembre 2018

Est-ce que tu veux bien, s'il te plait, acheter des nuages ?

jeudi 6 décembre 2018

Je me sens si faible, si inadaptée au monde.
Je suis fatiguée.

Marre de devoir faire des efforts, de me battre pour des causes qui ne sont pas les miennes.
J'ai envie de baisser les bras, de laisser tomber.
Pourquoi s'acharner lorsque le combat n'en vaut pas la peine ?
Je n'ai plus la force, plus l'envie, plus le courage.

La lutte est trop inégale. Je suis désemparée, désespérée.
Je crois que je n'y arriverai jamais.
Ce monde n'est pas fait pour moi.
Envie de fuir.

mercredi 5 décembre 2018

J'avais presque oublié que j'avais un blog. J'écris beaucoup mais sur notre histoire. Je n'invente rien, j'essaie de retrouver l'essence des choses, l'éclairage parfait des moments vécus.

Je n'écris plus sur mon blog car je ne me sens plus seule, car je ne suis plus seule. Cet outil est devenu inutile. Je ne ressens plus le besoin d'écrire pour moi. Je n'ai plus à me plaindre du froid ni de la solitude. 

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Ce monde va s'effondrer. Nous sommes au bord du gouffre, du précipice.